Alors que des millions d’étudiants et de travailleurs se sont rassemblés le 20 septembre dans des manifestations à travers le monde pour lancer un appel sans précédent en faveur de l’action climatique, l’OCDE a lancé un nouveau rapport intitulé « Accélérer l’action climatique – Recentrer les politiques à travers le prisme du bien-être ».
Le rapport de l’OCDE[1] applique aux politiques climatiques une nouvelle perspective de « bien-être » qui analyse les synergies et les compromis entre l’atténuation du changement climatique et des objectifs plus larges tels que la santé, l’éducation, l’emploi, ainsi que la qualité de l’environnement au sens large et les ressources nécessaires au maintien de nos moyens de subsistance au fil du temps.
À ce titre, le rapport adopte une approche d’économie politique très appréciée en ce qui concerne les transitions à faibles émissions nécessaires dans cinq secteurs économiques (électricité, industrie lourde, résidentiel, transport de surface et agriculture) qui sont responsables de plus de 60 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre.
Le rapport affirme qu’il est nécessaire de recadrer les politiques climatiques dans une optique de bien-être pour rendre visibles ces synergies et ces compromis, afin de permettre aux décideurs d’accroître les premières et d’anticiper, de gérer et de minimiser les seconds.
Ce nouveau rapport, qui examine l’action climatique sous l’angle du « bien-être », arrive à point nommé.
La transition vers une économie à zéro carbone nécessite en effet de se concentrer sur les dimensions économiques, sociales, distributives, technologiques, politiques et stratégiques de la transition.
Il pourrait s’agir d’une étape importante en faveur d’une transition juste pour les travailleurs, comme le préconise l’Accord de Paris sur le climat.
Le rapport de l’OCDE note d’ailleurs qu’il existe des similitudes évidentes entre l’objectif de bien-être de l’OCDE et la discussion sur les opportunités, les défis et les principes directeurs de la transition juste.
Le rapport conclut que les synergies entre la réduction des émissions et les objectifs de bien-être plus larges, tels que la réduction de la pollution atmosphérique et l’amélioration de la santé, renforcent les incitations à prendre des mesures d’atténuation précoces.
En outre, le rapport note que l’impact des politiques climatiques sur des questions telles que l’accessibilité financière de l’énergie et de l’emploi doit être pris en compte pour lutter contre les inégalités économiques et sociales croissantes au sein des pays et entre eux.
L’accent mis par le rapport sur le bien-être et la reconnaissance des chevauchements avec les principes de la transition juste sont les bienvenus.
Il est regrettable que l’OCDE ne saisisse pas cette occasion pour appeler explicitement à des mesures de transition juste, y compris la sécurité sociale et l’investissement dans les compétences et l’apprentissage tout au long de la vie.
Ces mesures sont largement acceptées et, dans une certaine mesure, conformes à l’objectif de bien-être de l’OCDE.
À cet égard, le TUAC souhaite rappeler l’importance des lignes directrices de l’OIT pour une transition juste vers des économies et des sociétés écologiquement durables pour tous[2].[2] Ces lignes directrices reposent sur un ensemble de concepts connus sous le nom d’agenda du travail décent : Droits au travail, dialogue social, protection sociale et emploi.
Dans le monde entier, les syndicats soutiennent activement une transition juste avec des politiques climatiques qui protègent le climat tout en tenant compte de l’impact sur les travailleurs, leurs familles et leurs communautés[3] Les impératifs d’une transition juste de la main-d’œuvre et la création d’un travail décent et d’emplois de qualité sont reconnus dans l’accord de Paris de la COP 21 qui, avec les Objectifs de développement durable 2030 des Nations unies, montrent la voie vers un monde à zéro pauvreté et zéro carbone.
L’importance des principes de la transition juste a été soulignée lors de la COP 24, à Katowice, en Pologne.
Plus de 50 pays et la Commission européenne y ont signé la « Déclaration de Silésie sur la solidarité et la transition juste ». En adoptant la déclaration de Silésie, les pays se sont engagés à prendre au sérieux l’impact du changement climatique et des politiques climatiques sur les travailleurs, leurs familles et leurs communautés lorsqu’ils préparent et mettent en œuvre leurs nouvelles contributions déterminées au niveau national (CDN), leurs plans d’adaptation nationaux et leurs stratégies nationales de développement à long terme à faible émission de gaz à effet de serre. Ces pays se sont donc engagés à mettre en œuvre des politiques de transition juste, qui impliquent la participation des travailleurs et de leurs syndicats à l’élaboration de nouvelles politiques climatiques et de stratégies climatiques à long terme. Les mesures de transition juste sont une condition essentielle à la mise en œuvre des politiques climatiques ambitieuses dont nous avons besoin de toute urgence. En l’absence de conditions sociales adéquates (investissements, dialogue social, protection sociale, justice sociale, compétences et éducation, etc.), la société ne soutiendra jamais suffisamment les réformes structurelles de nos économies nécessaires à la protection du climat. L’OCDE devrait soutenir et encourager les investissements dans les secteurs à fort potentiel de création d’emplois et de protection de l’environnement, tels que l’efficacité énergétique, les énergies renouvelables, en accordant une attention particulière à la pauvreté énergétique, à la mobilité durable et à la modernisation des infrastructures de transport, entre autres investissements. L’objectif de bien-être de l’OCDE est un pas dans la bonne direction, mais il n’est pas encore synonyme de transition juste.
Lisez le rapport de l’OCDE ici.
[1]OCDE (2019), Accélérer l’action climatique : Recentrer les politiques sous l’angle du bien-être, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/2f4c8c9a-en.[ 2] OIT (2015) Lignes directrices pour une transition juste vers des économies et des sociétés écologiquement durables pour tous https://www.ilo.org/wcmsp5/groups/public/—ed_emp/—emp_ent/documents/publication/wcms_432859.pdf [3] Pour en savoir plus sur les efforts des syndicats, voir https://www.ituc-csi.org/just-transition-centre et https://tuac.org/news/?policy-issue=environment-climate-energy.