La décision de la Cour suprême des États-Unis, le20 février, d’annuler les droits de douane d’urgence – avant que la Maison Blanche n’en impose de nouveaux quelques heures plus tard – est le dernier épisode en date d’une année de fortes tensions commerciales qui ont fracturé les liens économiques entre des partenaires de longue date, au sein et en dehors de l’OCDE.
Un nouveau document politique du TUAC publié aujourd’hui affirme que les frictions commerciales et les droits de douane qui provoquent l’incertitude économique et font la une des journaux depuis des mois sont le résultat à long terme de choix de politique intérieure : des décennies d’ouverture des marchés de capitaux, de suppression des salaires intérieurs et de déréglementation du marché du travail ont entraîné une baisse des salaires intérieurs et de la consommation des ménages. Face à l’essoufflement de la demande intérieure, les pays ont cherché à améliorer leur compétitivité extérieure par le biais d’un certain nombre de stratégies de soutien aux entreprises, mais même les stratégies de croissance axées sur les exportations courent le risque de devenir insoutenables à long terme, car elles reportent les coûts d’ajustement, en particulier le chômage, sur leurs partenaires commerciaux.
Le TUAC constate que les décideurs politiques n’ont pas réussi à protéger les travailleurs et les emplois, et que les profits ont capté la plupart des bénéfices de l’ouverture des échanges et des capitaux, ainsi que du développement technologique. Alors que l’ouverture des échanges dans les pays de l’OCDE a presque doublé, passant de 39 % à 58 % entre 1995 et 2024, la part du travail dans le PIB a diminué dans deux tiers des économies de l’OCDE entre 1995 et 2022, les salaires réels n’ayant pas suivi la croissance de la productivité dans environ un quart des pays de l’OCDE :
Ce système est le fruit de décennies de déréglementation, de libéralisation financière et de politiques qui ont comprimé les salaires nationaux au nom de la compétitivité des exportations. On ne peut pas remédier aux déséquilibres mondiaux tout en tolérant une répartition inéquitable des revenus au niveau national. Lorsque les salaires des travailleurs sont supprimés, les économies deviennent dépendantes des exportations et de la dette pour se développer. Des salaires équitables et une forte demande intérieure sont les fondements d'un commerce équilibré et de la stabilité financière. Aussi, tant que les gouvernements refuseront de s'attaquer aux inégalités à l'intérieur de leurs frontières, ils ne résoudront pas les déséquilibres à l'étranger.
Le TUAC demande instamment aux gouvernements de s’attaquer aux inégalités internes et de renforcer les institutions du marché du travail afin de parvenir à une croissance économique équilibrée et à une prospérité partagée, tant au niveau national qu’international. La généralisation des contrats à durée indéterminée, l’extension de la couverture des négociations collectives, l’augmentation des salaires minimums et la réduction du pouvoir de marché excessif des employeurs permettraient d’augmenter les revenus des ménages et de stimuler la consommation dans les économies excédentaires. Les syndicats font également pression pour que les accords commerciaux prévoient des normes de travail applicables, afin d’empêcher les baisses de salaires dues à la concurrence et le recul des protections des travailleurs.
Sans action sur les salaires et les inégalités, aucune politique commerciale n’apportera la stabilité dont les travailleurs et les économies ont besoin.
Lire l’intégralité du document d’orientation : Commerce et travail : comment les politiques du travail répressives pèsent sur les déséquilibres commerciaux.
