Alors que la Thaïlande soumet aujourd’hui son Mémorandum initial à l’OCDE, une étape clé vers l’adhésion qui lance des examens approfondis des politiques, le TUAC a publié son évaluation de la candidature du pays, mettant en évidence des préoccupations importantes concernant les droits des travailleurs et le dialogue social. Basé sur une consultation avec les syndicats thaïlandais, le rapport révèle des écarts substantiels entre le traitement actuel des droits des travailleurs par la Thaïlande et les normes de l’OCDE.
Parmi ces lacunes, la Thaïlande n’a toujours pas ratifié les conventions de l’OIT n° 87 sur la liberté d’association et n° 98 sur le droit d’organisation et de négociation collective – une lacune fondamentale qui rend les travailleurs vulnérables aux représailles de l’employeur et à des garanties juridiques inadéquates.
Avec un taux de syndicalisation d'à peine 3 % et l'interdiction totale pour les fonctionnaires et les travailleurs migrants de former des syndicats, le cadre du travail en Thaïlande est loin d'être conforme aux normes de l'OCDE. La ratification des conventions fondamentales de l'OIT doit être une condition préalable à l'adhésion.
Ces faibles taux de syndicalisation reflètent les restrictions légales sévères imposées à la syndicalisation. Les fonctionnaires, y compris les enseignants et les officiers de police, n’ont pas le droit de former des syndicats, tandis que les travailleurs étrangers n’ont pas le droit d’adhérer à un syndicat ni d’occuper des postes de direction. Le rapport montre que les employeurs menacent souvent de mettre fin aux contrats lorsque les travailleurs tentent de s’organiser, et que de nombreuses décisions de justice ordonnant la réintégration de syndicalistes licenciés sont tout simplement ignorées.
La couverture des négociations collectives est tout aussi faible, avec seulement 1 à 2 % des travailleurs thaïlandais couverts par des conventions collectives. L’indice mondial des droits de la CSI pour 2025 a classé la Thaïlande parmi les pires pays du monde en matière de droits des travailleurs, citant le démantèlement généralisé des syndicats, la répression et la suppression des grèves. Si la plupart des travailleurs disposent officiellement du droit de grève, la longueur des procédures de conciliation et une définition trop large des « services essentiels » rendent les grèves très difficiles à mettre en œuvre. Les travailleurs sont également confrontés à une rémunération inadéquate : les salaires minimums de 9 à 11 euros par jour ne répondent pas aux besoins des travailleurs en matière de coût de la vie, et sont fixés par un système de comités provinciaux où les syndicats n’ont pas de présence significative.
Le rapport met également en lumière des préoccupations plus générales en matière de travail. Plus de 63 % de la main-d’œuvre thaïlandaise, soit plus de 20 millions de personnes, reste dans l’économie informelle, n’a pas accès à la protection sociale et gagne environ la moitié des salaires des travailleurs du secteur formel. Le travail forcé persiste, en particulier dans les régions frontalières, et plus d’un million d’enfants n’étaient pas scolarisés en 2023, ce qui soulève des inquiétudes quant au travail des enfants.
Le TUAC demande à la Thaïlande de ratifier les principales conventions de l’OIT, d’étendre les droits syndicaux à tous les travailleurs, y compris ceux du secteur public et les travailleurs migrants, de renforcer les protections contre la discrimination antisyndicale et de mettre en place un point de contact national efficace avec un engagement syndical significatif. Ces engagements sont essentiels pour que la candidature de la Thaïlande progresse.
Lisez le rapport complet ici.
Crédit photo : OCDE
