Les syndicats réclament depuis longtemps une politique industrielle active pour créer des emplois de qualité et une croissance durable. La politique industrielle étant au centre de la réunion du Conseil de l’OCDE au niveau des ministres (MCM) de cette année, le TUAC fait pression pour qu’elle soit au service des travailleurs.
La consultation annuelle pré-MCM qui s’est tenue à Helsinki le 12 mars, avant la réunion ministérielle de juin sur le thème « Des politiques industrielles appropriées pour des marchés ouverts, la croissance et la prospérité », a rassemblé des représentants syndicaux de haut niveau de toutes les économies de l’OCDE, y compris l’Estonie, la Corée, la Nouvelle-Zélande, la Norvège et la Suède, ainsi que les présidents des trois confédérations de la Finlande, pays d’accueil. . La délégation a fait valoir que le dialogue social doit être placé au cœur de la politique industrielle. L’enquête de l’OCDE sur la confiance montre que 44 % des citoyens déclarent n’avoir que peu ou pas confiance dans leur gouvernement national. Il y a donc urgence et, comme l’ont reconnu les ministres de l’OCDE, le dialogue social est un outil essentiel pour rétablir la confiance et renforcer la résilience démocratique.
Le TUAC a remis en question l’hypothèse selon laquelle la déréglementation serait source de croissance, en faisant remarquer que les gouvernements l’ont poursuivie pendant plusieurs décennies sans grand résultat.
La politique industrielle doit être l'occasion d'investir dans des emplois de qualité, d'améliorer le niveau de vie et de construire des économies résistantes et durables. La déréglementation a transféré les risques et les coûts sur les travailleurs. Nous avons besoin d'une approche totalement différente, fondée sur le dialogue social et la négociation collective.
Les syndicats ont fait valoir que pour y parvenir, il fallait adopter une approche différente de la conception des politiques – une approche dans laquelle les investissements publics et les stratégies industrielles sont liés aux conditions de travail, notamment à la sécurité de l’emploi, à la qualité de l’emploi et au respect de la négociation collective. Si l’emploi et la qualité de l’emploi ne sont pas placés au premier plan, la politique industrielle ne garantira pas que les avantages économiques seront équitablement partagés entre les entreprises et les travailleurs, comme l’ont montré des exemples historiques.
Le TUAC a souligné que la conception des politiques ne suffit pas si les gouvernements n’investissent pas dans les travailleurs. Les pays membres de l’OCDE n’ont consacré que 0,1 % de leur PIB à la formation en 2023, tandis que le financement des politiques actives du marché du travail est tombé à 0,41 % du PIB, soit le niveau le plus bas depuis 2004. Le TUAC a appelé à un changement radical dans la requalification et l’amélioration des compétences, avec un accès équitable pour les travailleurs faiblement rémunérés, précaires et occupant des emplois atypiques.
La transition verte accentue encore ces pressions, les travailleurs déplacés des industries à fortes émissions étant confrontés à des pertes de revenus pouvant aller jusqu’à 40 % sur six ans, et les nouveaux emplois dans les secteurs à faibles émissions offrant souvent des salaires plus bas et des protections plus faibles. Le TUAC a exhorté les gouvernements à mettre en place des mécanismes tripartites de transition juste et à renforcer la négociation collective afin de s’assurer que les travailleurs ne soient pas laissés pour compte lors de la transformation des industries.
Les syndicats ont également souligné que les cadres réglementaires doivent suivre le rythme des forces qui remodèlent le travail, en insistant sur des règles applicables à l’IA sur le lieu de travail qui obligent les employeurs à consulter les travailleurs et à négocier avec eux sur le déploiement de l’IA. À l’occasion du 50e anniversaire des Principes directeurs de l’OCDE à l’intention des entreprises multinationales, les syndicats plaident en faveur de points de contact nationaux mieux dotés en ressources et d’un devoir de diligence obligatoire dans les chaînes d’approvisionnement mondiales.
Alors que les ministres de l’OCDE s’apprêtent à définir la politique industrielle en juin, le TUAC souligne que le plein engagement des partenaires sociaux dans les processus ministériels de l’OCDE reste la pierre angulaire d’une élaboration efficace des politiques, et qu’il est essentiel pour rétablir la confiance du public que l’OCDE elle-même a identifiée comme étant menacée.
