Le TUAC accueille favorablement plusieurs recommandations de l’examen du marché du travail de l’OCDE pour la Croatie, publié aujourd’huimais regrette que le rapport ne contienne pas de recommandations sur la négociation collective, le salaire minimum et le dialogue social.
L’examen porte sur les difficultés rencontrées par la Croatie sur le marché du travail, notamment un faible taux d’emploi de 68,8 % – nettement inférieur à la moyenne de 70,5 % de l’OCDE – et l’un des écarts les plus importants entre les pays européens en ce qui concerne l’emploi des personnes handicapées. Les femmes sont confrontées à des obstacles particuliers, consacrant près de 20 heures de plus par semaine que les hommes au travail non rémunéré, en partie à cause du sous-développement des services de soins formels.
Les syndicats approuvent les recommandations de l’OCDE visant à développer l’éducation et la protection de la petite enfance, à moderniser l’enseignement et la formation professionnels et à renforcer les efforts pour promouvoir l’emploi des personnes handicapées. La Croatie a pris des mesures positives ces dernières années, notamment en limitant les contrats à durée déterminée successifs, en réglementant le travail sur plate-forme et en introduisant un système de bons pour la formation des adultes.
Cependant, le TUAC conteste la recommandation de l’OCDE visant à prolonger la vie active et à réduire les dépenses liées aux prestations d’incapacité. Le revenu brut médian des pensions en Croatie ne représentant que 35 % du salaire médian – contre une moyenne européenne de 60 % -, pousser les travailleurs à retarder leur départ à la retraite risque d’aggraver la pauvreté des personnes âgées plutôt que de s’attaquer à ses causes profondes.
Le TUAC estime également que la recommandation de l’étude visant à « contrôler » le travail atypique est trop faible, car les contrats à très court terme restent très répandus dans le secteur du tourisme, de l’industrie et de la construction. Les syndicats reprochent à l’étude de ne pas contenir de termes plus fermes pour encourager les gouvernements à prendre des mesures concrètes.
L’examen n’aborde pas non plus plusieurs priorités. En 2024, le salaire minimum en Croatie ne représentait que 47 % du salaire médian, soit un niveau inférieur à celui de la Slovénie voisine et à la moyenne de l’OCDE, mais l’examen ne contient aucune recommandation visant à l’augmenter. Cet écart est d’autant plus important que la Croatie est confrontée au problème de la fuite des cerveaux : l’émigration élevée depuis l’adhésion à l’UE en 2013 a entraîné de graves pénuries de travailleurs qualifiés, et l’amélioration de la qualité de l’emploi par le renforcement des négociations collectives pourrait contribuer à inverser cette tendance.
En ce qui concerne le dialogue social, les représentants syndicaux critiquent le fonctionnement du Conseil économique et social, soulignant l’irrégularité des réunions et l’insuffisance des flux d’information. Des experts universitaires suggèrent que la révision du mandat du CES pourrait améliorer le dialogue tripartite ; toutefois, l’étude ne dit rien à ce sujet.
Pousser les travailleurs à retarder leur départ à la retraite tout en ignorant les arguments en faveur de salaires minimums plus élevés et d'une négociation collective plus forte revient à inverser les priorités. Les travailleurs croates ont besoin d'une meilleure rémunération et d'une voix plus forte, pas d'une vie professionnelle plus longue.
